16 août 2008, tard.
Un éclat de rire retente, suivi d'autres. Last night. Les enregistrements continuent dans la joie et la bonne humeur, ça gueule, ça chante. Peu importe le voisinage et l'heure tardive, de toute manière, 99% du village est à la fête qui célèbre à l'aide de boissons et de sardine la naissance de Fraïsse les Corbières. Le dernier % tient en compte les morts pas encore découverts.
Il essaye de se calmer un peu, reprenant son souffle entre deux éclats de rire. Puis son regard se braqua sur la rue, traversant la vitre sale. Il vit une petite fille au milieu de la place. Elle était immobile, sa tête dépassant timidement du capot d'une citroen blanche. Elle semblait regarder quelque chose par terre avec effroi.
Bordel mais qu'est-ce qu'elle fout dehors à une heure pareille ?
Il ouvrit la porte menant au balcon, fixant la fillette avec inquiétude. En s'approchant, il vit qu'elle était penchée sur une femme allongée par terre. Son estomac se noua. La fillette leva son regard vers lui.
- ça... ça va ? demanda-t-il stupidement.
Elle ne répondit pas et se contenta d'un hochement de tête affirmatif. Elle se repencha vers la femme et il l'entendit parfaitement dire :
- Maman s'il te plaît lève toi... Qu'est-ce qu'il y a ? Ça va aller... Tu t'étrangle ?
La porte s'ouvrit derrière lui. Il entendit des "Qu'est-ce qu'il se passe ?" "Merde..."
- Maman, est-ce que tu vas mourir ?
- Putain de merde!
Les tripes nouées, il s'éloigna de la rambarde et bouscula Thé, passa devant Spero et s'élança dans les escaliers. Les marches défilaient à une vitesse folle, il faillit s'emmêler les jambes et descendre un étage sur la tête.
Il s'énerva sur le verrou, l'insultant, le frappant. Avant de comprendre qu'un verrou, ça se tourne, normalement.
Une fois dehors, il traversa la place, paniqué. Bordel de merde!
Il contourna la citroen. Et se stoppa net.
La fillette l'observait, tétanisée. Derrière elle, sa mère était à genoux dans son vomi, les seins à l'air et le pantalon baissé, déféquant devant lui.
- Partez s'il vous plaît! murmura la petite fille.
Il fit un pas en arrière, terrorisé. Confronté à ses démons, à ses peurs, à tout ce que cette femme représentait. Des souvenirs explosèrent. Il identifia son passé dans cette scène. Il se retourna, un gouffre monstrueux lui dévorant l'âme.
Il ne savait absolument pas quoi faire, il était totalement perdu.
Il sombra dans l'inconscience, il ne se vit pas s'écarter pour laisser le père de famille foncer sur sa femme pour l'aider. Il ne se vit pas retourner dans la maison puis s'éclipser. Il ne se vit pas formuler des répliques vides dont il ignorait le sens. Lorsqu'il revint à lui, il était prostré au grenier, dans le noir, éclatant en sanglots.
La haine était revenue. Il souhaitait maintenant la disparition de cette femme, la disparition de l'alcool, la disparition de ce manque total de self-control.
Je suis un connard, je le sais. J'ai un manque de tolérance énorme. Longtemps je me suis dit que ça passera, que j'aurais un éclair de conscience et que ma vision du monde serait rose et bleue.
Et c'est cette nuit que j'ai réalisé que je ne changerai jamais.
dimanche 17 août 2008
Buvons, mes amis, buvons!
Publié par Silver à 8/17/2008 01:33:00 AM
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1 commentaires:
Je vois pas en quoi penser tout ça fait de toi un connard. Les connards c'est ceux qui sont assez inconscients pour se bourrer la gueule alors qu'ils ont une responsabilité envers d'autres (surtout quand c'est des enfants...)
Toi t'as toutes les raisons du monde d'être intolérant envers ces gens-là. Personne ne te demande de changer, surtout pas moi.
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